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22/09/2012

Je m'embête, de Francis Jammes

 

Je m'embête; cueillez-moi des jeunes filles
et des iris bleus à l'ombre des charmilles
où les papillons bleus dansent à midi,
parce que je m'embête
et que je veux voir de petites bêtes
rouges sur les choux, les ails (on dit aulx), les lys.
Je m'embête.

Ces vers que je fais m'embêtent aussi,
et mon chien se met à loucher, assis,
en écoutant la pendule
qui l'embête comme je m'embête.
Vraiment ces trois cils de ce chien de chasse,
de ce chien de poète,
sont cocasses.

Je voudrais savoir peindre. Je peindrais
une prairie bleue, avec des mousserons,
où des jeunes filles nues danseraient en rond
autour d'un vieux botaniste désespéré,
porteur d'un panama et d'une boîte verte
et d'un énorme filet à papillons
vert.

Car j'apprécie les jeunes filles
et les gravures excessivement coloriées
où l'on voit un vieux botaniste éreinté
qui longe un torrent et se dirige
vers l'auberge.



De l’Angélus de l’aube à l’Angélus du soir (1898)

Tableau d'Henri Matisse,Danse 1, 1909, MoMA

25/05/2012

Corps et espace

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Au démarrage, un mur brut en béton qui va être enduit et peint avec une couche d'impression. Ensuite, nous réalisons un enduit décoratif que nous protégeons avec du vernis.

 

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Avec le temps, j’ai pris possession des espaces. Je peignais de petits tableaux, les murs se sont imposés à moi. 

J’ai toujours le sentiment de faire corps avec le mur. Une histoire de rencontre. Une matière, un mur et moi. Je réussis même à combattre mon vertige et à travailler sur de grandes hauteurs. 

 Ce n’est pas seulement ma main qui est en mouvement, mais tout mon corps. Petits mouvements, grands mouvements, mon corps danse devant le mur.

Tout mon corps est sollicité : à la fin d'un tel chantier, pratiquement chacun de mes muscles  a travaillé...

J’aime cette symbiose physique entre ces murs et mon corps; j'aime les imprimer de matières et de couleurs. J'aime cet espace qui s'offre à moi. J'aime que mon corps s'exprime ainsi. J'aime  avoir besoin de tout mon corps, de mon attention, de ma concentration, de ma vigilance, que chaque geste soit juste pour réaliser un mur.

Il y a une complexité à aborder ces espaces, car il faut trouver un mouvement régulier, mais pas trop. Occuper l'espace sans avoir de recul, parce que pris par le mur, parce que travaillant sur un echaffaudage et surtout, parce qu'on ne peut pas s'arrêter...

Sur ce mur, j'ai travaillé avec Valérie Auzou et il nous a fallu avoir une belle complicité et une cohérence de main et de mouvements entre nous deux.

Ce mur est situé dans un hall d'un HLM. Il reste des finitions à faire, en particulier le vernir. Le plus grand mur a une surface de 40 m2. Il y a deux passes d'enduit, trois couches de vernis. 



Stylisme : Corinne Crenn

Organisation du chantier, création des enduits (minéraux) et des couleurs: Dominique Hordé.

Réalisation des enduits: Valérie Auzou et Dominique Hordé

Outils utlisés: Taloche et couteau américain



08/05/2012

Le plaisir, de Paul Louis Rossi

 

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(donnez-nous des plaisirs aigus
                croisés comme des fers d'épées)
 
Il l'embrasse il la vénère
Elle a des cheveux roux et fous
Ils semblent dire une prière
L'un pour l'autre et contre tous
 
(ah ! donnez-nous des plaisirs aigus
                l'odeur des œillet sauvages)
 
Elle sourit au fond de la salle
Une légère moue sur les lèvres
Un col blanc comme une voile
Tendue sur la mer tranquille
 
(des aiguilles de pins
            criblées des feux de l'été)
 
Elle penche la tête pour cacher
Le trouble de son regard
Son désir et sa chasteté
Pareils au vin à l'eau mêlés
 
(violet couleur de la mer
            violet couleur de la mort)
 
Pris d'une passion ingénue
Il s'agite devant ses yeux
Les prestiges de sa bouche
Rêvant son image nue
 
(comme une bête furieuse
            un taureau ivre de rouge)
 
L'orage gronde sur la côte
Ils sentent venir le désir
De mesurer côte à côte
Le vertige du plaisir
 
(un paysage endormi
            lassé de couleurs et de cris)
 
Ils reposent ensommeillés
Sur le sable d'une plage
Abandonnés contre les épaves
Seuls et las de s'être enlacés
 
 
 
 
 
Quand Anna Murmurait, Anthologie des poésies, 1953-1999, pages 178, 179
Dessin d'Egon Shiele
        

07/04/2012

Viens, je te mettrai..., de Francis Jammes


Viens, je te mettrai des boucles d’oreilles
de cerises
et je te montrerai les longues treilles
où volent des merles bleus et des grives.
Viens, c’est la saison des grandes chaleurs
et des fleurs.
Sur les fossés poudreux les carottes blanches
poussent : il y a encor deux ou trois pervenches.
Dans le fond des bois frais les oiseaux crient.
Le ciel cuit.
Dans les mares il y a des joncs longs,
et les grenouilles grises font des bonds.
Dans les endroits chauds et frais, vois les sources
qui sont douces.
Dans le terrain rouge, ou bien sur la mousse,
elles coulent près des abeilles rousses.



Recueil : "De l'Angélus de l'aube à l'Angélus du soir"

Estampe d'Hokusai

05/04/2012

Inspirations couleurs: rouge, rose, vert, jaune...

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Félix Vallotton, Sur la plage, 1899.

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Paul Gauguin, 1891 Femmes de Tahiti, Sur la plage,  Oil on canvas, 69 x 91 cm  Musee d'Orsay


                     


 Edgar Degas (1834-1917)


Le Bellechasse, un hôtel couture signé Christian Lacroix

 Hôtel Bellechasse, aménagé par Christian Lacroix, 2007


En matière de décoration, tout est question de proportion, de rythmes, de nature même de chacune des couleurs. Et cette proportion, ce rythme vont être guidés par l'histoire que je vais raconter avec et pour mon client. A partir de mêmes couleurs, le ressenti va être très différent.

Cette histoire a de multiples sources d'inspiration.  La peinture à travers les siècles en fait partie.

Dernièrement, une de mes clientes me demandait si elle pouvait associer du rose, du rouge et du jaune....Cela lui paraissait violent et ne correspondant pas à l'idée qu'elle se faisait d'un décor équilibré et harmonieux.

Je l'ai rassuré imédiatement, et lui ai montré le travail de Christian Lacroix, qui a joué sur l'acidité de chacune de ces couleurs. C'est un parti pris , mais qu'autres ont apporté plus de douceur et de légérété. 

Le vert, et plus plus particulièrement un vert jaune est un excellent lien entre ses couleurs gourmandes. Pour exemple, FélixVallotton, Paul Gauguin, Edgar Degas  ont nourri cette palette de couleurs, chacun avec leur style et leur personnalité. 


31/03/2012

Une lampe dans la lumière aride, d'André du Bouchet

 

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Je me suis assis sur un rocher habituellement écrasé par le jour. Rocher trempé d’aurore. Maculé de ces taches de bleu vif orange qui éclaboussaient l’horizon. Lichen encore visible le jour, comme ces végétations marines, adhérant aux roches qui attendent l’heure de la marée pour s’épanouir. Un champ de nuages collait aux mêmes rochers, de disques noirs et blancs enchevêtrés, durement échoués comme ces tas de nuages pavés, durement tassés, écrasés les uns contre les autres, très bas. Le plafond bas du ciel. L ‘écorce du ciel qui se fendille. Le rocher brillait extraordinairement. Comme un bloc de ciel. Criblé de lichen orange. Dans le village, au départ. Pierraille.

Pan de pierres écroulées. Mur dur sourd aveugle au-dessus du bol de feu, muet, de la grande tasse d’eau de l’aube.

Le soc rougi qui laboure la terre.


 

 

Une lampe dans la lumière aride, Le Bruit du temps, 2011, p. 91.

Huile d'Emmanuelle Bollack 120 x 60 cm, 2011 http://bollack.carbonmade.com/

 

 

18/03/2012

L'affiche rouge, d'Aragon



Vous n'aviez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l'orgue ni la prière aux agonisants.
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servi simplement de vos armes
La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L'affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents

Tout avait la couleur uniforme du givre
A la fin février pour vos derniers moments
Et c'est alors que l'un de vous dit calmement 
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses,
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui va demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d'hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur coeur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient La France en s'abattant 


Louis Aragon, Le Roman Inachevé, Gallimard, 1955
Musique de Léo Ferré, 1959

Plus d'information sur cette affiche de propagande allemande: http://www.culture.lyon.fr/static/culture/contenu/pdf/mus...

18/02/2012

Décoration : les complémentaires rouge et le vert

Hiroshige 1797-1858,
Plum Estate, Kameido

 

Hiroshige (1797, 1898)

 Jean-Edouard Vuillard

 

Félix Vallotton
Das Bad, Sommerabend, 1892

Félix Vallotton, 1892

 

Nude in a Red Armchair by Felix Vallotton.jpg

Félix Vallonton, 1897

Giovanni Bellini, 1430, 1516.jpg

Giovanni Bellini, (1430, 1516)

 

Portrait - Painting - Mother and child napping.jpg

Alphonse-Eugène Lecadre (1842-1875)



En décoration, j'utilise beaucoup l'association des deux couleurs complémentaires rouge et vert. Ce sont des couleurs de la nature, le vert de l'eau, de l'herbe, de la mousse, des tiges, des feuilles, le rouge des fleurs, des fruits d'été, de la terre, du lever et du coucher du soleil,...

J'aime cette sensation d'énergie et de vigueur qu'apportent ces deux couleurs. Sur les murs, je ne l'utilise pas nécessairement dans la même pièce,  souvent dans des pièces qui se juxtaposent. Mais un beau rouge brun très foncé  se marie merveilleusement avec un mur  terre verte.

Je joue sur les valeurs, des verts foncés ou très pâles, des rouges profonds ou des roses....

Je n'hésite pas à mélanger des doubles rideaux de velours rouge hermès, avec des fauteuils vert amande, ..., d'introduire des plantes vertes à côté d'un mur rouge, de jouer sur la complicité énergisante de ces deux couleurs, en choisissants des tissus ou des papiers peints à motifs.

14/02/2012

Ouï dire (extrait), de Michel Deguy

 

Moraine bleue dans le glacier du soir

 

La vigne rentre sous le vert, le bleu reprend le

ciel, le sol s'efface dans la terre, le rouge

s'exhausse et absorbe en lui les champsde Crau.

Les couleurs s'affranchissent des choses et

retrouvent leur règne épais et libre avant

les choses, pareilles à la glaise qui précédait Adam.

 

Le saurien terre émerge et lève mâchoire

vers la lune, les années rêveuses sortent des grottes

et rôdent tendrement autour de la peau épaisse. Falaise se

redresse, Victoire reprend son âge pour la nuit. Les nuages

même s'écartent, les laissant.

 

En hâte quittée cette terre qui tremble

ils se sont regroupés dans la ville, bardée de portes.

 

 Ouï dire, Gallimard, 1966, p. 64.

Ronnie Landfield: The Deluge, 1998, 108 x 120 inches, acrylic on canvas, http://ronnielandfield.com/

28/01/2012

La mélancolie (1532) de Lucas Cranach

 

(à propos de ce tableau La mélancolie (1532) de Lucas Cranach

"Vêtue de rouge, une femme ailée s'emploie à tailler une baguette. Pourquoi cette couleur, dans une œuvre placée sous le signe de la bile noire ? Je soutiens, après d'autres, que le peintre adopte une position anti-humaniste : loin de valoriser la mélancolie, il rejette l'idée ficinienne d'un mélancolique inspiré et génial. Son point de vue est religieux : nous sommes en pleine Réforme, et Cranach (comme Melanchthon ou Luther ) voit dans la mélancolie un péché. Plus qu'au génie, il faut penser au salut. À cette fin, l'artiste met en scène une séduction : sa Mélancolie est séductrice, ravissante et dangereuse, parce qu'elle nous détourne du droit chemin. Dans sa robe couleur de sang, la coquette nous fait de l'œil, avant de nous expédier – par un dispositif génial ! – au fond du tableau, vers un nuage noir qui préfigure l'enfer. La mélancolie, nous dit en somme Cranach, est une traîtresse qui se déguise en son contraire. Le rouge et le noir jouent ici, comme souvent, des rôles opposés et complémentaires.

 

Exttrait d'un entretien d' Yves Hersant dans Mag Philo  http://www2.cndp.fr/magphilo/philo16/hersant.htm

24/01/2012

(Oriolidés) & Ictéridés, de Fabienne Raphoz

 

Jan Van Kessel I (1626-1679)
Bird Tree, 17th century


(Oriolidés) & Ictéridés

Le sphécothère est un loriot

Tous les loriots piquent rouge sauf le Loriot ensanglanté le Loriot pourpré

Et le Loriot argenté – qui portent rouge – et les trois sphécothères – qui

voient rouge

Penser loriot c’est penser jaune or comme en latin pour un Européen un

Africain un Philippin un Indien un Chinois mais par pour un Australien

qui pensera vert comme en grec ni un Papou un Moluquais un Timorais

qui pensera brun

Le Loriot d’Europe est un court pendu un orgelet un lirou ar glazaour un

pendulo un pirol un rigogolo ein Herr von Bülau ein Schulz von Taran ein

Koch von Kulan eine Bierule  ein Regenvogel

Pour tout le vieux Continent siffler loriot c’est siffler beau


Jeux d'oiseaux dans un ciel vide augures, Ediditions Héros-Limite, p 181

Tableau de Jan  Van Kessel I (1626-1679), l'Arbre à oiseaux

15/01/2012

Salomé, (extrait), d'Oscar Wilde

 

samomé,osacar wilde,rouge,andrew wyeth,overflow 1978

 

Ta bouche est comme une bande écarlate sur une tour d'ivoire. Elle est comme une pomme de grenade coupée par un couteau d'ivoire. Les fleurs de grenade qui fleurissent dans les Jardins de Tyr et qui sont plus rouges que les roses, ne sont pas aussi rouges. Les cris rouges des trompettes qui annoncent l'arrivée des rois, et font peur à l'ennemi, ne sont pas aussi rouges. Ta bouche est plus rouge que les pieds de ceux qui foulent le vin dans les pressoirs. Elle est plus rouge que les pieds des colombes qui demeurrent dans les temples et sont nourries par les prêtres Elle est plus rouge que les pieds de celui qui revient d'une forêt où il a tué un lion et vu des tigres dorés. Ta bouche est comme une branche de corail que les pêcheurs ont trouvé dans le crépuscule de la mer et qu'ils réservent pour les rois...!(...) Il n'y a rien au monde d'aussi rouge que ta bouche...

 

 

Extrait de Salomé, d'Oscar Wilde

Gallhof, Wilhelm (1878 - 1918 ) The Coral Chain


17/12/2011

Madonna mia , Oscar Wilde

474px-William-Adolphe_Bouguereau_(1825-1905)_-_Head_Of_A_Young_Girl_(1898).jpg

Une fillette, un lis, inapte à la douleur du monde,

Cheveux bruns et soyeux tressés autour de ses oreilles,

Aux yeux charmeurs voilés de larmes folles,

Telle une eau d'un bleu pur dans un brouillard de pluie,

 

Et des joues pâles ignorantes des baisers,

Lèvres rouges qui ont toujours craint l'amour,

Gorge aussi blanche que gorge de colombe,

Sur le marbre de laquelle s'inscrit une veine de pourpre.

 

Pourtant, bien que mes lèvres ne cessent de te louer,

Je n'ose même pas embrasser ton pied,

Tant je suis assombri par les ailes de la peur,

 

Tel Dante, se tenant auprès de Béatrice,

Sous le poitrail en feu du Lion, lorsqu'il vit

La septième splendeur et l'escalier d'or (1).

 

Oscar Wilde, Poèmes, traduction Bernard Delvaille, dans op. cité., p. 13.

William-Adolphe Bouguereau (1825-1905) - Head Of A Young Girl (1898)

1 Allusion à un passage de Dante (Le Paradis, XXI, 13-15) : « Nous sommes élevés à la septième splendeur, / qui, sous le poitrail du lion ardent, / mêle maintenant ses rayons au siens » (traduction de Jacqueline Risset, Flammarion, 1996) [Note de la Pléiade, p. 1576].

Merci à Tristan Hordé pour cette contribution.

08/12/2011

« Des mots comme du rouge qui respire », d'Angèle Paoli

 

14_matisse145.jpg


Que reste-t-il ce soir de tout ce vécu de mots qu’on a engrangé
Chacun pour soi ?

Un peu de poème « avec toute sa guenille de mots ».

« Des mots
comme du rouge qui respire ».


.Le rouge des bleus de Matisse      intérieurs et jardins
qui viennent à la rencontre
et le rouge du feu qui poudroie dans les mots.

.des mots comme du rouge qui respire
dans le vieux broc tout émaillé
comme posé là en attente d’un bouquet de cicindèles
ou même des flammes anacoluptères
que les mots grésillent
d’une bûche à l’autre
la respiration comme un souffle de vie à peine
retenu dans le silence gris du jour
et la promesse de la neige peut-être sous la vitre.

.et devant moi encore le rouge d’une étole
en jeté sur l’épaule et autour de la nuque aussi
comme un abandon de plis qu’on ne saurait dire.

.et celui plus carminé de la passion
d’un pendentif au lobe d’une oreille
que tellement ça bouge pour un rien
pour un mot qui passe tout au plus.

qui saura dire un jour quel fleuve
traverse le géant christophore
surgi à la croisée des rues dans le blanc de la roche rongée
et pourquoi au bou du bou du bou
le nom du village interrompu coupé
par qui pourquoi le sait-on ?
panneau sans fléchage et il faut inventer le chemin taillé
dans le gris lent de l’encoule
dans l’à-vif de la montagne blanche mêlé aux ocres chaudes
des pisés forteresses du Maroc.


.Sidi Slimane n’est jamais bien loin.


.le vieux campanile monte dans le peu de lumière derrière la vitre
au plus serré de la rencontre de ce jour


et le mot rouge un peu plus rouge pris dans les nappes et les tentures
et soudain dans celui plus doré du pain d’épices de Noël
qui effrite ses tranches sous les doigts
le rouge des couleurs mélange de bleu et d’oranger
la couleur rouge dans quel mot la retrouver
la rendre à sa rondeur première
à son origine dans la rouille
rouge pâle des tuiles sur les toits qui étirent
leur feuilleté dans la fraîcheur
et les murets décrépis
à quel temps abandonné depuis tant.


.le feu crépite rouge sang d’elfe chaude et d’éventail
que dis-tu en écrivant ces mots sinon le vide des images
qui ne parlent à personne
que lisent les regards sous les paupières closes
derrière la pluie des mots qui tombe en gouttes
de pétales rouges


quelque chose se vit comme un peu de souvenir
effacé que chacun garde au creux de sa propre chaleur
quelque chose se dit de l’intime
coule sa langue douce sous la langue autre
comme une odeur d’enfance à cueillir sous les mots
dans un jardin d’hier une langue d’avant
de Vendée ou d’ailleurs tendue aux quatre coins
d’une lessive fraîche.



crire comme une affaire de désir
comme une affaire de rencontre
un désir de poussière
et de paradis minuscule
quelque chose du rouge dans le grain de la voix.





Angèle Paoli   D.R

Merci à Angèle Paoli, qui anime un blog de poésie très riche,  Terres de Femmes

Tableau d'Henri Matisse. Statuette et pichet roses sur un coffre des tiroirs rouge. 1910. Huile sur la toile. L'Ermitage, Rue Petersburg, Russie.

18/10/2011

Le dormeur du val, d'Arthur Rimbaud

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C'est un trou de verdure où chante une rivière,

Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.



Premier poème du second Cahier de Douai (le recueil Demeny). Ecrit en  octobre 1870 

Tableau de Gustave Courbet, L'homme blessé, 1844-54

huile sur toile, 81 x 97 cm
  

09/10/2011

La réponse, de Carl August Sandburg

 

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Tu as donné la réponse. 
Un enfant cherche loin parfois 
Dans la poussière rouge 
                    Sur une feuille rose foncée 
Et donc tu es parti loin 
                    Car la réponse est: 
                              Le silence. 
 
     Dans la république 
Des étoiles clignotantes et des cataclysmes taris 
Sûr que nous y sommes la réponse est là-bas 
          cachée et repliée, 
Endormie sous le soleil, se fichant pas mal que 
          l’on soit dimanche ou un autre jour 
          de la semaine, 
 
Sachant que le silence apportera tout d’une façon 
          ou d’une autre. . 
 
N’avons-nous pas vu 
Le pourpre de la pensée 
               sortir du paillis 
               et de l’humus 
               ramper 
               sous un crépuscule 
               de velours ? 
               tache de jaune? 
Nous pensions presque qu’elle venait de nulle part c’était 
          le silence, 
               le futur, 
               à l’oeuvre.
 
 

 
Chicago Poems Le Temps des cerises publient, traduction et présentation de Thierry Gillyboeuf (édition bilingue), Le Temps des cerises, 2001 


Tableau de Franz Kline (1910-1962) , 

26/05/2011

Spleen, de Paul Verlaine


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Les roses étaient toutes rouges,
Et les lierres étaient tout noirs.

Chère, pour peu que tu te bouges,
Renaissent tous mes désespoirs.

Le ciel était trop bleu, trop tendre
La mer trop verte et l’air trop doux.

Je crains toujours,- ce qu’est d’attendre!
Quelque fuite atroce de vous.

Du houx à la feuille vernie
Et du luisant buis je suis las,

Et de la campagne infinie
Et de tout, fors de vous, hélas!

 

Aquarelles, Romances sans paroles

Tableau Egon Schiele

27/04/2011

Vestige d'une vieille haie de jardin, de Reiner Kunze

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Aubépine et rouge-épine 
branches entremêlées 

Rameaux d’écume 
rouge dans le blanc 
blanc dans le rouge 
 
Bois fleurissant  
à la vie à la mort 

Reiner Kunze, Nuit des tilleuls, (Lindennacht, édition bilingue),traduction de Mireille Gansel & Gwenn Darras, Calligrammes/Bernard Guillemot, 2009, pp. 107 et 75 à la vie à la mort 

Tableau de Rothko
 

 

14/04/2011

Dialogue entre le rouge et le vert (Opus 1)

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   Entrée de mon atelier à Nanterre (2 avril 2011, journées des métiers d'art)

Le dialogue entre le rouge/rose et le vert est une constante dans l'histoire des couleurs et de la décoration. Le rouge et le vert sont des couleurs complémentaires qui s'intensifient réciproquement et qui peuvent être interprétées de multiples façons.
A l'origine de cette belle rencontre, la nature: fleurs rouges et feuillages verts, du plus clairs au plus foncés. Mais aussi tous les fruits rouges du jardin.
 
 
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Cerises, framboises et groseilles. Feuilles lisses du cerisier et légèrement duveteuses du framboisier.
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Cette palette de couleurs s'inspire avec gourmandise de la porcelaine de Chine et de celle de la manufacture de Sèvres, qui vers 1760, a commencé à imiter les porcelaines importées d'Orient, pour répondre à une demande accrue de son marché. Elle a mis au point des roses, des verts ainsi que des bleus capables de s'harmoniser avec....les roses et les verts. Sur les six couleurs proposées, cinq contiennent une pointe de bleu. Le vert du haut (à droite), quant à lui "tire" vers le jaune. Le bleu et le jaune sont également complémentaires, ce qui rend cette association de couleurs particulièrement subtile. Cette palette intensement "Sèvres" a été très utilisée aux 18 ème et 19   ème siècles. Ces couleurs circulent entre elle, et se font échos....


chintz rouge et vert.jpgOn retrouve également le rouge magenta et le vert sauge dans les imprimés français du 19 ème siècle et les revêtementx muraux en chintz. 

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03/04/2011

Par une nuit nouvelle, de Paul Eluard

 

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Femme avec laquelle j’ai vécu
Femme avec laquelle je vis
Femme avec laquelle je vivrai
Toujours la même
Il te faut un manteau rouge
Des gants rouges un masque rouge
Et des bas noirs
Des raisons des preuves
De te voir toute nue
Nudité pure ô parure parée
Seins ô mon coeur

 

Recueil La vie immédiate, 1932

Tableau de Gustave Courbet