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21/01/2014

Les couleurs du ciel (source chaîne Méteo)

 

 

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Aquarelle d'Emil Nolde

Qu’est-ce qui fait varier la couleur du ciel ? 

La couleur bleue habituellement visible dans le ciel provient de la diffusion des rayons solaires par les molécules d’air. Puisque la diffusion par l’air est d’autant plus importante que la lumière a une faible longueur d’onde, c’est principalement la partie bleue du spectre solaire qui est déviée par l’air atmosphérique. Les rayons de soleil qui traversent l’atmosphère diffusent donc latéralement de la lumière bleue, ce qui fait apparaître le ciel bleu.(...) Les couleurs du ciel changent nettement au lever et au coucher du soleil : du jaune au rose, voire au rouge, ou encore du bleu foncé tirant sur le violet… C’est la distance que parcourt la lumière dans l’atmosphère qui est à l’origine de telles variations. En traversant cette couche composée d’azote, d’oxygène, de gaz rares, mais aussi de poussières, de pollens et de différents autres polluants qui forment l’atmosphère, la lumière du soleil se diffuse plus ou moins bien. En effet, plus cette lumière rencontre des molécules sur son passage, mieux elle se diffuse et ses couleurs à faibles longueurs d’onde disparaissent. Ainsi, au lever comme au coucher du soleil, la lumière solaire parcourt un important trajet dans l’atmosphère : toutes les couleurs à faibles longueurs d’ondes disparaissent et la couleur du ciel et du soleil vire alors au rose, orange ou rouge. A la mi-journée, le trajet parcouru dans l’atmosphère par les rayons du soleil est court et le ciel est bleu, car la lumière se diffuse peu. En montagne, ce trajet est encore plus court, et le bleu du ciel se renforce jusqu’à paraître bleu foncé.

 

 Le rôle des nuages

Au moment du lever et coucher du soleil, la couleur du ciel varie aussi en fonction des nuages. Les plus beaux couchers de soleil sont généralement observés lorsque des nuages élevés sont présents. Les rayons les plus rouges (qui correspondent à la grande longueur d’onde) peuvent encore être reflétés dans ces nuages quelques minutes après le coucher du soleil. 

 

Source: Chaîne Météo

19/01/2014

A une robe rose, de Théophile Gauthier

Edgar degas Pastel 36,8 x 27,9 cm collection privée.jpg

Edgar Degas. 1902  Pastel 36,8 x 27,9 cm collection privée

 

Que tu me plais dans cette robe
Qui te déshabille si bien,
Faisant jaillir ta gorge en globe,
Montrant tout nu ton bras païen !

Frêle comme une aile d’abeille,
Frais comme un cœur de rose-thé,
Son tissu, caresse vermeille,
Voltige autour de ta beauté.

De l’épiderme sur la soie
Glissent des frissons argentés,
Et l’étoffe à la chair renvoie
Ses éclairs roses reflétés.

D’où te vient cette robe étrange
Qui semble faite de ta chair,
Trame vivante qui mélange
Avec ta peau son rose clair ?

Est-ce à la rougeur de l’aurore,
À la coquille de Vénus,
Au bouton de sein près d’éclore,
Que sont pris ces tons inconnus ?

Ou bien l’étoffe est-elle teinte
Dans les roses de ta pudeur ?
Non ; vingt fois modelée et peinte,
Ta forme connaît sa splendeur.

Jetant le voile qui te pèse,
Réalité que l’art rêva,
Comme la princesse Borghèse
Tu poserais pour Canova.

Et ces plis roses sont les lèvres
De mes désirs inapaisés,
Mettant au corps dont tu les sèvres
Une tunique de baisers.

 

Émaux et Camées, Collection Poésie, Gallimard

13/01/2014

Islande, de Delphine Priollaud-Stoclet

 

Delphine Prillaud-Stoclet.jpg

 

Quel pays dessinerait la Terre comme une autre planète ? 
Comment voyager aux confins de l’univers vers ces lieux incertains qui peuplent mes rêves ?
Quelle terre épouserait l’eau pour enfanter le feu et le ciel ? 
Quelle écorce arracherait de ses entrailles fumantes de spectaculaires geysers ?

Vert de gris, bleu céruléen, cramoisi d’alizarine, noir d’ivoire, auréoline. Pigments essentiels pour capturer les quatre éléments réunis, mes inséparables aquarelles. 
De l’eau, de l’encre, le blanc et le grain de la feuille.

Je songe à une île unique où vagabonder au rythme de mes étonnements, l’espace d’un territoire à mille lieux des paysages connus et reconnus.
Mon doigt s’attarde au Nord de la mappemonde dépliée.
Islande, terre de glace au cœur brûlant. Palpitant oxymore.

Les plaines d’Islande chuchotent à l’oreille des cailloux des mots arides aux tonalités soufrées. Des syllabes imprononçables formées de lettres existant nulle part ailleurs ajoutant au mystère d’un pays qui dérive à la lisière du globe.
La toundra frémissante parée de fleurs sauvages et mauves ondule, offerte à la caresse de l’air pur.
Je suis prête à échanger mon cher soleil flamboyant contre le pâle et mystérieux soleil de minuit.
La nuit polaire, couronnée d’aurores boréales phosphorescentes, resplendirait d’une lumière magique pailletée d’or et d’argent.
J’aimerais parcourir à pied ces déserts de pierres ponctués de volcans cracheurs de flammes et de cendres, deviner les eaux bouillantes emprisonnées sous les glaciers, explorer de nouvelles frontières picturales. 
Voir naître le cosmos, jouer avec le feu.
Un retour aux sources.

Peindre les gris colorés et l’éclat du chaud.
Jeter sur le papier la trace de mes pas.
Rapporter le carnet d’un voyage alchimique.
Islande, mon rêve de fin du monde.

 

Illustration et texte de Delphine Priollaud-Stoclet  qui a gagné le second prix (avec 10 autres personnes) au Concours organisé par Nouvelles Frontières sur le thème "Racontez votre voyage de rêve".  Pour en savoir plus: 

http://www.croquis-en-voyage.fr/blog/

http://www.atelier-salamandre.net/

 

Ateliers Couleurs&Créativité le 7 février 2014 à Rueil-Malmaison

 

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Dans le bel atelier de Fanny Rozan, créatrice de bijoux, je vous  propose un Atelier couleurs qui vous permettra d'explorer les couleurs sous toutes leurs formes, de manière très ludique. Vous pourrez ainsi (entre autres!) :

  • Reconstituer une couleur
  • Créer une couleur
  • Créer vos propres palettes de couleurs
  • Harmoniser les couleurs entre elles
  • Comprendre les interactions entre les couleurs
  • Trouver de nouvelles sources d'inspirations
  • Vous faire plaisir!!!

 

Matériel mis à votre disposition

  • Gouache, aquarelle, acrylique, papiers, pinceaux, matériaux divers

 

Matériel à apporter

  • Tablier pour se protéger

 Lieu

266 Avenue Napoléon Bonaparte, 92500 Rueil-Malmaison. Parking sur place

L'occasion de découvrir l'atelier de la créatrice de bijoux  Fanny Rozan

Plus d'informations et inscription ICI

 

01/01/2014

Voeux 2014

Voeux 2014.jpg

17/12/2013

Patine minérale au Café Pouchkine de la place des Vosges

Ouverture du café Pouchkine le 17 décembre 2013 . Patine minérale, entre baroque et modernité.

café pouchkine place des vosges,patine minérale,dominique hordé 

Café Pouchkine 3.jpg

 

Plus de photos ICI

Une salle de douche en marmorino

Le marmorino est un enduit à la chaux et à la poudre de marbre. Plusieurs passes d'enduit sont nécessaires....Protection par une cire hydrofuge.

 

salle de bain sol.jpg

 

Plus de photos sur ce chantier 

30/11/2013

Atelier couleurs et créativité dans le Luberon, à Saignon, domaine de la Molière


 

C'est dans le domaine de La Molière, à Saignon, chez Corinne Détroyat, que se déroule l'atelier Couleur&Créativité que j'anime du du 20 au 24 mai 2014. Plus d'info sur le programme et les tarifs ICI

23/11/2013

Love song III, de Nicolas Bouvier

 

Pierre  Gaudu Ciel ouvert.jpg


©pierre gaudu (image non libre de droit) "ciel ouvert" , plume et encre de Chine 50x50 cm, http://pierre-gaudu.over-blog.com/

 


Quand tisonner les mots pour un peu de couleur

ne sera plus ton affaire

quand le rouge du sorbier et la cambrure des filles

ne te feront plus regretter ta jeunesse

quand un nouveau visage tout écorné d'absence

ne fera plus trembler ce que tu croyais solide

quand le froid aura pris congé du froid

et l'oubli dit adieu à l'oubli

quand tout aura revêtu la silencieuse opacité du

houx ce jour-là

quelqu'un t'attendra au bord du chemin

pour te dire que c'était bien ainsi

que tu devais terminer ton voyage

démuni

tout à fait démuni

alors peut-être...

mais que la neige tombée cette nuit

soit aussi comme un doigt sur ta bouche

 

Genève, décembre 1977


 


Le dehors et le dedans » aux éditions Zoé


 

Cet être devant soi (extrait) de Claude Chambard

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Alexandre Calder, Spirals and petals, sérigraphie, 80x60 cm

 


Une fois

l’enfant a trouvé

dans la Montée des Couardes

une façon de grotte

où il s’est faufilé

à peine un trou de lapin

tapissé de mousse & de feuilles

—    est-ce un endroit pour vivre —

il attendait un lutin

un elfe une fée Alice

que sais-je

mais au fond du petit terrier

il discernait à peine quelques couleurs

du bleu turquoise du brun roux

du vert sombre du jaune bordé de noir

quelques plumes

un cadeau une couvée

de guêpier d’Europe (Merops apiaster


Cet être devant soi,  Aencrages & Co

Le site de poésie et de littérature de Claude Chambard : un nécessaire malentendu

Du côté de chez Swann, (extraits), de Marcel Proust

 

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Claude monet. Le jardin de Vetheuil. Huile sur toile, 151,4 cmx121 cm Huile sur toille 

National Gallery of art, Washinghton


La haie laissait voir à l'intérieur du parc une allée bordée de jasmins, de pensées et de verveines entre lesquelles des giroflées ouvraient leurs bourses fraîches du rose odorant et passé d'un cuir ancien de Cordoue, tandis que sur le gravier un long tuyau d'arrosage peint en vert, déroulant ses circuits, dressait aux points où il était percé au-dessus des fleurs, dont il imbibait les parfums, l'éventail vertical et prismatique de ses gouttelettes multicolores. Tout à coup, je m'arrêtai, je ne pus plus bouger, comme il arrive quand une vision ne s'adresse pas seulement à nos regards, mais requiert des perceptions plus profondes et dispose de notre être tout entier. Une fillette d'un blond roux, qui avait l'air de rentrer de promenade et tenait à la main une bêche de jardinage, nous regardait, levant son visage semé de taches roses. Ses yeux noirs brillaient et, comme je ne savais pas alors, ni ne l'ai appris depuis, réduire en ses éléments objectifs une impression forte, comme je n'avais pas, ainsi qu'on dit, assez « d'esprit d'observation » pour dégager la notion de leur couleur, pendant longtemps, chaque fois que je repensai à elle, le souvenir de leur éclat se présentait aussitôt à moi comme celui d'un vif azur, puisqu'elle était blonde : de sorte que, peut-être si elle n'avait pas eu des yeux aussi noirs – ce qui frappait tant la première fois qu'on la voyait – je n'aurais pas été, comme je le fus, plus particulièrement amoureux, en elle, de ses yeux bleus.


A la recherche du temps perdu, Du côté de chez Swann , folio


22/11/2013

Ettore Sottsass /Note sur la couleur, par Barbara Radice

 

M_N_Gibson.jpg

Mitjili Napanangka Gibson, Kunamanararra, synthetic polymer paint on linen, 152 x w 122 cm.

 

"Lorsque j’étais petit, tout petit, les couleurs dont je me souviens sont le rouge sang sur la neige, car quelqu’un s’était blessé avec le traîneau; et puis le bleu très clair d’un petit fil de fer avec lequel je jouais. Je me rappelle du rouge da ma première paire de skis et d’une veste de drap que ma mère avait brodée et qui me donnait la certitude d’être beau et me faisait me sentir un homme.

Voici les couleurs dont je me souviens.

Je me souviens parfaitement des couleurs de toutes les inventions de la nature; je me rappelle du bleu outremer des gentianes, du jaune des boutons d’or et des guêpes, de l’orange des lys, du bleu clair des campanules, du marron chocolat des baies, du jaune d’oeuf et du rouge spécial des champignons et de toutes les autres couleurs… Devenu adulte, je ne les ai pas oubliées, mais tandis qu’aujourd’hui je me les rappelle par leur nom, quand j’étais enfant les couleurs étaient les choses mêmes. Dans mon enfance, toutes ces inventions de la nature, avec leur couleurs, avaient aussi leurs dimensions, leurs parfums, leurs saveurs et leur rareté.

Dans mon catalogue de perceptions, de découvertes, de notions, la couleur « séparée », la couleur abstraite n’existait pas. La couleur classée, la couleur « Pantone », comme on l’appelle aujourd’hui, la couleur « scientifique » pour moi n’existe pas.

L’idée de la couleur, les couleurs s’échappent toujours dans toutes les directions; il est impossible de dire la couleur numéro 225. / J’admets qu’il y ai quelqu’un – un peu fou – qui attribue des numéros aux couleurs. Cela peut être utile pour s’expliquer dans la hâte et l’approximation.

Tout dépend de ce que vous voulez dire, des significations que vous voulez attribuer aux couleurs, des histoires que vous voulez raconter, des citations, des temps et des lieux littéraires, des nostalgies qui vous accablent … »

Extraits de Ettore Sottsass /NOTE SUR LA COULEUR par Barbara Radice . 1992

Né le 14 septembre 1917 à Innsbruck et mort le 31 décembre 2007 à Milan, Ettore Sottsas est un designer italien, l'un des plus importants du XX siècle.

15/11/2013

Éclats de sel, de Sylvie Germain

 

Hetre pourpre_2Les grandes empreintes 98 cm x 44 cm.jpg

                                          Constance Fulda ,  Hêtre pourpre, Les grandes empreintes 98 cm x 44 cm  http://constance.fulda.pagesperso-orange.fr


Un hêtre isolé se dressait, là-bas, au milieu d’un paysage plat surplombé par un ciel en remous aux tons d’ardoise et de lavande. Il se tenait très droit au cœur de cette double immensité de terre rase et de froide lumière, de cette double nudité, et il portait très haut dans le bleu du silence sa cime globuleuse couleur d’ambre et de rouille. Un hêtre en sobre majesté qui conversait avec le vent, avec le vide, avec sa propre ombre, dans le déclin du jour.

Le lieu était banal, et pourtant insolite. Nul relief, un chromatisme pauvre, un ciel démesuré, une ligne d’horizon tirée d’un trait austère, et bas. Mais il y avait l’arbre, son tronc cendré, comme une entaille dans le bleu sourd du ciel, sa ramure arrondie, comme un défi à tant de nivelage, son feuillage cuivré, comme un gong recelant d’obscures résonances. Il y avait ce hêtre planté en sentinelle dans la tombée du jour, dru comme un corps d’attente et de longue endurance. Il habitait l’espace avec simplicité, avec puissance, tout concentré sur soi, sur son invisible cœur d’arbre, sa solitude d’arbre. Il habitait le temps avec ténacité, avec patience, tramant sans fin des songes sous son écorce grise, tissant et enlaçant les fils ligneux de sa mémoire séculaire.


Extrait d'Eclats de sel, collection Folio

Le coeur cousu, de Carole Martinez

 

ANA TERESA BARBOZA.jpg

 Ana Teresa Barboza http://www.ignant.de/2013/09/03/ana-teresa-barboza/  et http://anateresabarboza.blogspot.fr/

 


Le papillon

Commença alors pour ma mère la période des fils de couleurs.
Ils avaient fait irruption dans sa vie, modifiant le regard qu'elle portait sur le monde.
Elle fit le compte : le laurier-rose, la fleur de la passion, la chair des figues, les oranges, les citrons, la terre ocre de l'oliveraie, le bleu du ciel, les crépuscules, l'étole du curé, la robe de la Madone, les images pieuses, les verts poussiéreux des arbres du pays et quelques insaisissables papillons avaient été jusque-là les seuls ingrédients colorés de son quotidien. Il y avait tant de bobines, tant de couleurs dans cette boîte qu'il lui semblait impossible qu'il existât assez de mots pour les qualifier. De nombreuses teintes lui étaient totalement inconnues comme ce fil si brillant qu'il lui paraissait fait de lumière. Elle s'étonnait de voir le bleu devenir vert sans qu'elle y prenne garde, l'orange tourner au rouge, le rose au violet.
Bleu, certes, mais quel bleu ? Le bleu du ciel d'été à midi, le bleu sourd de ce même ciel quelques heures plus tard, le bleu sombre de la nuit avant qu'elle ne soit noire, le bleu passé, si doux, de la robe de la Madone, et tous ces bleus inconnus, étrangers au monde, métissés, plus ou moins mêlés de vert ou de rouge.
Qu'attendait-on d'elle ? Que devait-elle faire de cette nouvelle palette qu'une voix mystérieuse lui avait offerte dans la nuit ?
Bombarder de couleurs le village étouffé par l'hiver. Broder à même la terre gelée des fleurs multicolores. Inonder le ciel vide d'oiseaux bigarrés. Barioler les maisons, rosir les joues olivâtres de la mère et ses lèvres tannées. Elle n'aurait jamais assez de fil, assez de vie, pour mener à bien un tel projet.
Elle se rabattit donc sur l'intérieur de la maison.


Extrait du chapitre Le papillon, Le coeur cousu, édition Folio

Merci à Véronique Denoyel, qui m'a fait découvrir ce texte et cette artiste; véronique est elle même une artiste http://www.veroniquedenoyel.com  et http://www.veronique-denoyel.fr

11/11/2013

Bach en automne, IV, de Jean-Paul de Dadelsen

                          

Pierre Gaudu 22 octobre 2013.jpg

@pierre gaudu 2013,  ne pas partager sans son autorisation, http://pierre-gaudu.over-blog.com/



Le ciel au soir est vert. À la  lisière du bois les chevreuils

Viennent humer au loin les villages roux de feuilles et de fumées.

Bientôt, quand la nuit tombera le vent de Pologne,

La brume montera des prés.

 

Le regard du faon découvre trois lieues de plaine sans refuges.

Autour du sommeil des hameaux les barrières vermoulues n’arrêtent

Ni les reîtres ni la peste.

 

Le monde dans l’espace et la durée étale sa placidité.

J’ai lu longtemps dans ce livre perpétuel. Autrefois j’ai décrit

Les gambades au mois de mai du jeune agneau,

Le vol instable des émouchets.

 

Je ne décrirai plus. Tout est nombre. L’arbre,

Rivière de feuilles ou noir de gel, entre la terre et le ciel instaure

Une figure permanente.

 

Le monde est en repos, dit-on ; les princes sont en paix, peut-être.

Entre la nue basse et l’horizon convexe s’éloigne une gloire exténuée

De lumière inaccessible. Le monde à travers fastes et largesses demeure

Établi dans l’exil.

 

Il faut rentrer. L’haleine de la nuit descend sur nos visages aveugles.

L’âme écoute approcher tes pas ; entre chez nous, Seigneur ;

Il se fait tard.

 

Bach en automne, IV, dans Jonas, préface d’Henri Thomas, Poésie/Gallimard, 1986, p. 28-29.

09/11/2013

L'été, d'Albert Camus

odilon Redon.jpg

J’ai grandi dans la mer et la pauvreté m’a été fastueuse, puis j’ai perdu la mer, tous les luxes alors m’ont paru gris, la misère intolérable. Depuis, j’attends. J’attends les navires du retour, la maison des eaux, le jour limpide. Je patiente, je suis poli de toutes mes forces. On me voit passer dans de belles rues savantes, j’admire les paysages, j’applaudis comme tout le monde, je donne la main, ce n’est pas moi qui parle. On me loue, je rêve un peu, on m’offense, je m’étonne à peine. Puis j’oublie et souris à qui m’outrage, ou je salue trop courtoisement celui que j’aime. Que faire si je n’ai de mémoire que pour une seule image ? On me somme enfin de dire qui je suis. « Rien encore, rien encore... »
C’est aux enterrements que je me surpasse. J’excelle vraiment. Je marche d’un pas lent dans des banlieues fleuries de ferrailles, j’emprunte de larges allées, plantées d’arbres de ciment, et qui conduisent à des trous de terre froide. Là, sous le pansement à peine rougi du ciel, je regarde de hardis compagnons inhumer mes amis par trois mètres de fond. La fleur qu’une main glaiseuse me tend alors, si je la jette, elle ne manque jamais la fosse. J’ai la piété précise, l’émotion exacte, la nuque convenablement inclinée. On admire que mes paroles soient justes. Mais je n’ai pas de mérite : j’attends.
J’attends longtemps. Parfois, je trébuche, je perds la main, la réussite me fuit. Qu’importe, je suis seul alors. Je me réveille ainsi, dans la nuit, et, à demi endormi, je crois entendre un bruit de vagues, la respiration des eaux. Réveillé tout à fait, je reconnais le vent dans les feuillages et la rumeur malheureuse de la ville déserte. Ensuite, je n’ai pas trop de tout mon art pour cacher ma détresse ou l’habiller à la mode.
D’autres fois, au contraire, je suis aidé. À New York, certains jours, perdu au fond de ces puits de pierre et d’acier où errent des millions d’hommes, je courais de l’un à l’autre, sans en voir la fin, épuisé, jusqu’à ce que je ne fusse plus soutenu que par la masse humaine qui cherchait son issue. J’étouffais alors, ma panique allait crier. Mais, chaque fois, un appel lointain de remorqueur venait me rappeler que cette ville, citerne sèche, était une île, et qu’à la pointe de la Battery l’eau de mon baptême m’attendait, noire et pourrie, couverte de lièges creux.
Ainsi, moi qui ne possède rien, qui ai donné ma fortune, qui campe auprès de toutes mes maisons, je suis pourtant comblé quand je le veux, j’appareille à toute heure, le désespoir m’ignore. Point de patrie pour le désespéré et moi, je sais que la mer me précède et me suit, j’ai une folie toute prête. Ceux qui s’aiment et qui sont séparés peuvent vivre dans la douleur, mais ce n’est pas le désespoir : ils savent que l’amour existe. Voilà pourquoi je souffre, les yeux secs, de l’exil. J’attends encore. Un jour vient, enfin...


 L’Été, « La mer au plus près (Journal de bord) », Gallimard - folio n°4388, pages 115-117)

Odilon Redon , Collection privée, Bateau rouge avec des voiles bleues

01/11/2013

Les oies sauvages, de Mary Oliver

 

Ohara Koson.jpg

Huit Oies rieuses en vol, la pleine lune derrière, de Ohara Koson


Vous n’avez pas à traverser à genoux

Vous n’avez pas à être sages.

des centaines de kilomètres de désert, en repentance.

Vous avez juste à laisser le doux animal de votre corps

aimer ce qu’il aime.

Parlez-moi du désespoir, le vôtre, je vous parlerai du mien.

Pendant ce temps le monde avance.

Pendant ce temps le soleil et les limpides galets de pluie

traversent les paysages,

survolent les plaines et les forêts profondes,

les montagnes et les rivières.

Pendant ce temps les oies sauvages, là-haut dans le pur air bleu,

sont sur le chemin du retour.

Qui que vous soyez, en quelque solitude,

le monde s’offre à votre imagination,

vous appelle comme les oies sauvages, rude et passionnant —

et indéfiniment signale votre place

dans la famille des choses.

                                       *

Wild Geese 

You do not have to be good. 
You do not have to walk on your knees 
for a hundred miles through the desert, repenting. 
You only have to let the soft animal of your body

 love what it loves. 
Tell me about despair, yours, and I will tell you mine. 
Meanwhile the world goes on. 
Meanwhile the sun and the clear pebbles of the rain 
are moving across the landscapes, 
over the prairies and the deep trees, 
the mountains and the rivers. 
Meanwhile the wild geese, high in the clean blue air, 
are heading home again. 
Whoever you are, no matter how lonely, 
the world offers itself to your imagination, 
calls to you like the wild geese, harsh and exciting —
over and over announcing your place 
in the family of things.

 

Mary Oliver, "Wild Geese", extrait de Dream Work, The Atlantic Monthly Press, 1986, p. 14. Traduction inédite de Chantal Tanet et Melissa Nickerson.

Texte à retrouver sur le blog Littératuredepartout

25/10/2013

Fin, d'Antoine Emaz

 

poème;poésie,fin d'antoine emaz

on ne sait quel paysage bouge rouge
au fond de l’œil
un peu comme un battement assourdi
une houle née loin venue rouler tomber
encore
ici

la nuit
tremble

 //

malgré tout
cela s’écoule sale peut-être mal mais finit par trouver un chemin une veine à travers la bouche la mémoire la radio les images

passant le bruit les mots
une sale seule couleur
s’établit
fait fond

rideau
on descend

c’est fini

 //

demain
de nouveau on ira sans doute vers rien que ce pays encore bien sûr on ira de l’avant dans le même jusqu’à quoi au bout de la ressemblance du même forcé jusqu’à quoi
d’autre

 

Antoine Émaz, Fin, dans Fond d’œil, Théodore Balmoral, 1995, repris dans Caisse claire, Poèmes 1990-1997, Points/Seuil, 2007, p. 97-98

Tableau de 1948 de Jakson Pollock

 

20/10/2013

Blanc (extrait), d'Octavio Paz

 

blanc (extrait),octavio paz,jaune,rouge,vert,bleu

Du jaune au rouge au vert

Pèlerinages aux clartés

La parole se penche sur des tourbillons

Bleus.

        Vire l'anneau ivre,

Virent les cinq sens

Autour de l'améthyste

 

Poésie/Gallimard Versant Est p103

 Tableau de Willem de Kooning (1904-1997)

05/10/2013

Entre, de Jean-Pierre Duprey

Jean-Pierre Dupré.jpg

Tableau de Jean-Pierre Duprey

 



Entre le ballon noir et l’épine du blanc
Ce qui est, ce qui fait : je suis au balancement
Ce qu’est l’horizontale à la verticale.
C’est l’Epineuse noire au gonflement du blanc.

Chimère, machine au bloc de la mer
C’est ici que se courbe
Le serpent lié au mât
Par un soleil au verbe rouge.
Voici alors qu’un bleu étale
Comme un pétale sans fin
S’est creusé d’une fleur
Qui n’est ni bleu ni rouge.
Qui n’est ni blanche ni noire.

C’est l’Epineuse de voir, l’Effeuillement-fermoir
La bouche s’est fermée : c’est un rire éclatant.


(Poème non daté).

 

Collection Poètes d’aujourd’hui, numéro 212, Éditions Seghers, 1973, page 153. 

A retrouver sur le site Terres de femmes